Ecran

Publié le par Bidou

Encore un mot au double sens : tantôt il empêche de voir, il s’interpose, il protège du bruit, de projections ou de l’éblouissement ; tantôt il est au contraire un instrument pour montrer des images. C’est comme les relais, qui doivent transmettre des informations dans les deux sens, montant et descendant, mais qui parfois oublient de le faire, ou encore trient, sélectionnent, corrigent si nécessaire et finalement font écran.

L’écran le plus populaire aujourd’hui est l’écran de télévision. Il est en train de vivre une révolution, avec la disparition des écrans cathodiques, avec des tubes, et l’apparition des nouveaux écrans plats, à plasma ou à LCD. Une nouveauté intéressante, car elle est en principe économe en énergie, mais qui doit être bien accompagnée : Que vont devenir les millions de vieux postes, bourrés de métaux et de produits bizarres, qu’il ne serait pas bon de laisser filer dans le milieu, dans les nappes phréatiques et les rivières, et finalement dans les sédiments et dans la mer. C’est une gigantesque entreprise de récupération et de recyclage qui doit être lancée. L’Europe avec une directive sur les produits électroniques a pris les devants, et les industriels sont mobilisés, mais est-on bien sûr qu’il n’y a pas de faille dans le système ? Et que penser des pays qui ne disposent pas de la même infrastructure de collecte et de traitement, ou de ceux qui voudront franchir l’étape[1] à moindre coût ? Comme toujours, la transition est une période sensible, même si elle conduit à un progrès.

J’entends toutefois des échos défavorables. Les écrans plats seraient à l’origine d’une forte augmentation des consommations d’électricité. Curieuse affirmation, quand on sait que les nouvelles technologies permettent de réduire de 20% la consommation. Il y a là une contradiction qu’il faut décrypter.

La réponse demande de prendre un tout petit peu de champ, et d’aller au-delà de l’écran. Les nouvelles techniques modifient les consommations d’énergie, mais aussi un autre paramètre, la taille de l’écran. Les vieux tubes étaient non seulement gourmands, mais en plus ils étaient énormes dès que l’on voulait un grand écran. On avait de véritables monstres, qui pesaient très lourd, inesthétiques, incasables dans un appartement ordinaire. Alors que les écrans plats, sans profondeur par nature, sont légers, et peuvent trouver place aisément sur un mur. Ce sont des tableaux, et non plus des meubles. Le verrou de la taille ayant sauté, les écrans ne se sentent plus, ils deviennent grands, beaucoup plus grands que ceux qu’ils remplacent, et adieu l’économie d’énergie, c’est même l’inverse que l’on observe.

Ce phénomène est fréquent, du rattrapage instantané d’un avantage. Les moteurs des voitures sont de plus en plus performants, mais on leur en demande de plus en plus : le confort et la sécurité ont leurs exigences, ne serait-ce que leur poids qu’il faut bien transporter et qui consomme de ce simple fait. On le sait, des voitures moins rapides par construction demanderaient des dispositifs de freinage et de sécurité plus légers et consommeraient beaucoup moins d’essence pour une vitesse réelle équivalente. La voie de la sagesse est facile à identifier dans ce cas, même si elle est difficile de mise en application. Pour les écrans de télévision, il n’y a pas de limite de taille, qui correspondrait à la limitation de vitesse[2] des voitures. Et un grand écran offre assurément un plaisir dont il serait dommage de se priver. La voie de progrès est sans doute hybride. Une partie technique, d’amélioration du rendement des écrans, de leur efficacité énergétique. La consommation en marche, et bien sûr aussi en veille[3], doit se réduire toujours plus, en suivant une courbe d’apprentissage ambitieuse ; et en attendant, il doit être possible de ne pas s’emballer, de privilégier les écrans plats de taille raisonnable au lieu d’entrer dans une course au gigantisme. Un bon affichage des consommations et du prix réel de l’énergie consommée pourrait calmer certaines ardeurs des consommateurs, mais il faudrait aussi que la politique commerciale des fabricants, leur publicité, soit cohérente avec l’objectif du facteur 4…


Prochaine chronique : médecin 

 



[1] Etape, chronique du 06/11/2006 et n°25 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com  )

 

[2] Vitesse, chronique du16/11/2006 et n°80 dans Coup de shampoing

[3] Veille, chronique du 09/06/2006 et n°78 dans Coup de shampoing

 

Publié dans developpement-durable

Commenter cet article