Oreillette

Publié le par Bidou

Vous avez remarqué, comme ils sont bien équipés, les présentateurs télé, ou encore les hommes du président et autres body guards ? Ils sont munis d’oreillettes, pas celles du cœur, nous en avons tous une paire, mais celles que l’on glisse dans l’oreille[1], et qui permet une communication secrète. Discrètes, mais efficaces, ces oreillettes. Il y a aussi celles des téléphones portables, bluetooth s’il vous plait, qui vous laissent les mains libres et avec lesquelles vous pouvez vivre en permanence, en attendant vos appels.

Il y a d’autres personnes équipées d’oreillettes, ce sont ceux qui n’entendent pas bien, les mal entendant. Dans leur cas, il ne s’agit plus de recevoir une information privilégiée, mais tout simplement de mieux entendre ce que tout le monde entend, grâce à un amplificateur. Il faut dire que l’acuité auditive est menacée dans nos sociétés. Les oreillettes des MP3 et autres baladeurs, et le niveau sonore atteint dans de nombreuses boîtes de nuit, et en milieu de travail, se chargent de préparer le terrain pour les oreillettes des futurs « durs de la feuille ». Et puis il y a le vieillissement, qui s’accompagne d’une dégradation progressive des capacités d’écoute. Une société où les jeunes se crèvent les tympans et où il y a de plus en plus de vieux, est donc une société ou l’oreillette deviendra une prothèse naturelle, aussi courante que les lunettes. D’ailleurs, on s’aperçoit qu’il vaut mieux en porter dès que le besoin s’en fait sentir. Les coquetteries en la matière, qui ont bien existé pour les lunettes, font bien du mal. Les mots qui vous échappent, les phrases que vous ne saisissez plus, c’est agaçant. Tout d’abord, vous essayer de comprendre quand même, vous vous accrochez, vous devinez de quoi il s’agit, au risque de vous tromper de temps en temps et de ne pas capter toutes les subtilités des paroles échangées. Et puis, petit à petit, la fatigue et la lassitude aidant, vous abandonnez une fois sur deux, puis deux sur trois, et c’est l’enfermement progressif qui démarre. Un découragement synonyme à terme d’exclusion. Des recherches sont en cours sur les liens éventuels entre la maladie d’Alzheimer et la surdité, et il semble bien que la maladie se développe plus vite chez les personnes coupées du monde. Pas d’hésitation par conséquent, quand vous avez un début de perte d’audition, il faut s’équiper.

De nouvelles formes d’oreillettes ont fait leur apparition. A la fois plus discrètes, plus colorées, plus sexy pourrait-on dire. Elles se modernisent et voient leur fidélité acoustique s’améliorer à chaque génération de matériel. Comme pour le téléphone, leurs fonctions deviennent de plus en plus nombreuses. Elles ne prennent pas de photos, mais elles peuvent être reliées justement au téléphone, ou à la radio, à des appareils à musique, etc.

Les oreillettes modernes ne sont plus la marque d’une infirmité, elles tendent à devenir des prothèses[2] ordinaires, comme les lunettes, et qui rendent bien des services. Certes la presbyacousie guette les vieux, qui seront de plus en plus nombreux, mais l’oreillette peut être utile bien avant. Elle devient un instrument de prévention de troubles plus graves, qui concernent au départ la vie sociale mais qui s’étendent rapidement à la santé de l’organisme. Là encore, il faut anticiper, un mot clé du développement durable, pour éviter de tomber dans une spirale du repli et de la perte de vitalité.

Pourtant, on peut voir une publicité[3] pour ces prothèses mettant en vedette un vieil homme. Une vedette, c’est la loi du genre, mais une vedette âgée et populaire. Bonne opération pour accroître immédiatement sa part de marché, mais très mauvaise image pour l’avenir. Une publicité qui renforce l’idée que les oreillettes sont l’apanage des vieux est bonne pour capter la clientèle des vieux, mais elle éloigne les plus jeunes qui en auraient souvent besoin. Je ne suis pas si vieux, moi, que je doive porter un tel équipement ! Une publicité qui va à l’encontre d’un besoin de prévention, et de la part de sociétés dont la vocation est la santé[4], difficile de leur faire des compliments !

Alors, tous appareillés ? Certainement pas, il vaut bien mieux encore cultiver son acuité auditive, et en premier lieu ne pas la compromettre par des pratiques à courte vue oserait-on dire. Mais oui, il faut banaliser l’usage de ces prothèses dès qu’elles deviennent utiles, et leur donner une forme et des fonctions conformes aux besoins qui s’expriment aujourd’hui. Retirer les freins, souvent culturels, au développement de la prévention, dans le domaine de l’ouïe comme dans tous ceux liés à la dégradation progressive de nos facultés, est une œuvre nécessaire. Où le développement durable ne va-t-il pas se nicher !


Prochaine chronique : Réduction

[1] Oreille, chronique du 05/09/2006 et n°48 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[2] Prothèse, chronique du 17/10/2006 et n°59 dans Coup de shampoing

 

[3] Publicité, chronique du 17/12/2007

[4] Santé,  chronique du 11/03/2006 et n°66 dans Coup de shampoing

 

Publié dans developpement-durable

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