Sous-marin

Publié le par Bidou

Voilà un sujet déjà abordé dans ce blog avec les poissons, précisément le grenadier[1] et ses comparses des grandes profondeurs. Nous avons aussi traité des souterrains[2], et nous reprenons le sujet sous un autre angle, pour montrer la diversité des approches du développement durable. Le sous-marin est un bateau qui va sous l’eau, mais le mot évoque aussi le Commandant Cousteau et le scaphandre autonome, et pourquoi pas la maison sous-marine, proposée par l’architecte Jacques Rougerie[3], qui reprend en les modernisant de fameuses idées de Jules Vernes. L’approche du mot souterrain nous avait conviés à vire en 3D, mais pourquoi se limiter à la terre ferme ? Il y a des espaces extraordinaires à découvrir, avec un mode de vie nouveau à imaginer. C’est peut-être plus durablement correct que de vouloir s’échapper vers des planètes copies de la Terre après avoir dévasté l’originale, car pour vivre sous la mer, il faut respecter cette dernière. La moitié de l’humanité vit près des côtes, et la mer est bien attractive. Des extensions des villes sur les mers se font ici et là, et même des aéroports, mais ces travaux posent de nombreux problèmes, car ils entraînent souvent des dégâts autour des remblais, dans les fonds littoraux. L’humanité a créé des polders, avec des digues à surveiller de près, mais on voit aujourd’hui, avec la remontée du niveau des océans, qu’il faut pomper en permanence, avec la demande d’énergie qui en découle, et sans assurer pour autant la sécurité des lieux. Les Pays-Bas, les bien nommés, envisagent d’abandonner certains de ces territoires conquis sur la mer, tellement leur défense est problématique. Le développement durable nous conduit à innover, à élargir le champ du possible. L’extension de la terre fut le premier réflexe, mais il a atteint ses limites. Aller carrément dans la mer, sous l’eau, en plongée, est une tout autre attitude, car elle ne modifie pas le trait de côte, la séparation terre-mer. Il n’est plus question de faire reculer la mer, de conquérir des espaces nouveaux, mais de s’y faire un nid, modestement, sans déranger. Ici comme ailleurs, il faut faire attention, et voir où nous mettons les pieds avant de se précipiter. Il ne s’agira jamais que d’une réponse très partielle à la question de l’habitat, et ses exigences la condamnent probablement à rester hyper marginale. Mais les solutions même exceptionnelles ont leur propre dynamique[4], elles ont valeur de symbole, et se révèlent souvent des portes d’entrée vers de nouveaux mondes, de nouvelles découvertes.

La mer est aussi, et le sujet est en train de prendre de l’ampleur, source d’énergie. Les courants, les tempêtes, les marées, la marine à voile, les illustrations de cette réserve d’énergie sont multiples. Cette énergie a été progressivement abandonnée, au profit des énergies fossiles, le charbon, le fuel, et maintenant les piles atomiques. Ce sont là des énergies fiables, que l’on maitrise, que l’on peut solliciter quand on le veut. Rien à voir avec le vent, capricieux, enfant terrible qui n’est jamais là quand on en a besoin, ou qui chahute les malheureuses embarcations soumises à ses fantaisies. Laissons le vent aux plaisanciers, ils ont du temps à perdre, ils sont là pour faire de l’exercice, du sport. La hausse prévisible du prix des carburants rend ces raisonnements quelque peu dérisoires. Bien sûr, il faut entrer dans l’ère de la machine, mais en cherchant l’économie, et pourquoi pas, les apports gratuits[5] que la nature nous offre souvent avec générosité. La dure crise que la pêche connaît aujourd’hui est le résultat logique de choix techniques qui auraient pu être évités… La performance n’est pas dans la plus grosse machine, mais dans la machine la plus efficace, celle dont le rendement est le meilleur en termes de ressources consommées pour un kilo de poisson pêché.

Cette énergie, dont la mer est la détentrice, et que nous avons jusqu’à présent capté que la surface, nous allons bientôt la chercher en profondeur, sous la mer. Il y a les hydroliennes, sortes de moulins sous-marins, qui exploitent les courants des profondeurs ; il y a les pompes à chaleur qui profitent des différences de température entre la surface et le fond de la mer ; et il y a les vagues, la houle dont on récupère l’énergie pour fabriquer de l’électricité. Cette dernière technique est souvent considérée comme la plus prometteuse, et plusieurs de laboratoires dans le monde travaillent pour mettre au point des techniques qui pourraient d’ici quelques années donner une production comparable en quantité à celle fournie par l’hydraulique de nos rivières. En France, une hydrolienne expérimentale baptisée "Sabella" doit être immergée ce mois-ci dans l'estuaire de l'Odet à une profondeur de 19 mètres pour de premiers essais. Une petite bête de 3 mètres de diamètre, soit un tiers de ce que seront les modèles définitifs qui doivent être construits au terme de l’expérimentation.

La mer qu’on voit danser a donc bien des tendresses pour nous. Nous la polluons allégrement, nous lui prélevons sans vergogne le maximum de poissons sans leur laisser le temps de se reproduire, nous détruisons ses équilibres en mettant en péril requins[6], coraux et mangroves, et malgré toutes ces turpitudes, elle va nous donner de l’énergie. Quelle générosité ! Ça doit être ça, le développement durable…


Prochaine chronique : Oreillette 



[1] Grenadier, chronique du 09/11/2006 et n°29 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[2] Souterrain, chronique du 25/10/2006 et n°71 dans Coup de shampoing

[4] Dynamique, chronique du 21/07/2006 et n°22 dans Coup de shampoing

 

[5] Gratuit, chronique du 30/04/2007

[6] Requin, chronique du 07/04/2008

 

Publié dans developpement-durable

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