Maternité

Publié le par Bidou

 

 

C'est aujourd'hui que le sénateur Larcher remet son rapport sur les hôpitaux. Il y a quelques semaines, j’ai appris en écoutant la radio que la maternité de Clamecy (Nièvre, blason ci-contre) a fermé ses portes le 31 mars dernier. Le boycott des élections municipales et cantonales n’y a rien fait, cette maternité n’accueillait pas assez de parturientes pour être rentable, pour être équipée de matériel moderne, pour apporter aux mères et aux enfants la qualité des soins et la sécurité qui leur sont dues. L’heure est à la concentration, aux grandes unités, plus faciles à tenir à niveau dans un univers qui demande chaque jour plus de garanties et plus d’efficacité. C’est un peu comme dans l’industrie. Vive le grand hôpital, dans la grande ville située à une cinquantaine de kilomètres[1]. Là tout ira bien, efficacités médicale et économique sont au rendez-vous.

Est-ce bien certain ? Cette efficacité économique est mesurée aux portes de l’établissement, et uniquement sur le volet médical. L’éloignement a aussi un coût, mais il n’entre pas dans le décompte. Il est supporté par les familles. Le déplacement est dans ce cas comme dans bien d’autres une variable d’ajustement.

La concentration semble être une bonne politique du côté de l’offre[2], et cela d’autant plus que les clients[3] n’ont guère de choix. Mais qu’en est-il si nous consolidons les comptes, si nous additionnons toutes les dépenses payées par tous les acteurs ? C’est comme les gares dans les champs de betteraves, très intéressantes pour la compagnie de chemin de fer mais pas forcément pour leurs clients qui viennent des centres ville. C’est un coût financier, c’est aussi un coût environnemental, provoqué par le transport routier que ces localisation entraînent. Mais ce coût est exporté, il n’est pas payé par la compagnie, dont l’équilibre est ainsi sauvegardé. On raconte que, au moment des premiers chocs pétroliers, dans les années 1970, la SNCF avait supprimé une gare et demandé à ses clients d’aller prendre le train dans les gares voisines. Pour la bonne cause : réduire la consommation d’énergie. En effet, elle expliquait que l’arrêt en gare est gourmand en énergie, du fait du redémarrage du train. Le volume de l’économie réalisée en ne s’arrêtant plus était calculé et venait démontrer ainsi, brillamment, l’intérêt de ce choix. Les usagers de la gare en question se sont empressés de faire leur calcul. En allant en voiture jusqu’aux gares proposées, ils consommaient dix fois plus que l’économie réalisée par la SNCF. L’histoire ne dit pas si la gare a été rétablie, mais elle illustre l’intérêt d’un calcul complet, prenant en considération l’ensemble des dépenses et des couts environnementaux, pas uniquement ceux de l’opérateur. Quand ce dernier reporte les dépenses sur ces clients, et surtout s’ils sont captifs, qu’ils n’ont guère le choix, on peut dire que le développement durable est en marche, en marche arrière bien sûr !

La liste est longue de ces choix d’aménagement, de concentrations, qui favorisent nettement un établissement mais qui augmentent la dépense collectivement consentie pour disposer d’un service donné. Les grandes surfaces commerciales en seraient un autre exemple. L’augmentation du prix des transports pose aujourd’hui la question des concentrations d’une toute autre manière. La variable d’ajustement prend du poids, et ça change tout. Faut-il continuer à concentrer ? De grands groupes industriels se posent la question, et tentent des expériences de petites[4] unités, créées sur de nouvelles bases, et notamment l’insertion dans les tissus économiques et sociaux, qui s’ajoute à la réduction du volume de transport. Ça ne se fait pas tout seul, c’est une remise en cause d’une tendance lourde, et comme pour tous les paquebots qui changent de direction, la manœuvre est délicate. Les techniques de production ne sont pas les mêmes, la nature des approvisionnements et les modes de gestion non plus. Les relations avec les territoires d’implantation sont à revoir, les connections entre sites de production de produits complémentaires doivent être révisées. C’est un effort d’adaptation qui doit être fait, avec sa dose de R&D, et sa part de risque[5], mais qui permet d’anticiper sur les enjeux de demain, de s’y préparer dans de bonnes conditions.

Revenons à la santé[6] et aux hôpitaux, aux maternités et autres équipements non rentables. Le mouvement de spécialisation des établissements condamne inexorablement tous ceux qui ne disposent pas d’un bassin de population suffisant. La spécialisation des métiers s’inscrit dans une logique de l’offre. Aux clients de venir, d’entrer dans le moule unique qui est proposé. Qu’en est-il côté demande ? L’orientation imposée est-elle la seule possible ? De même que les industriels commencent à s’interroger sur le mouvement de concentration, une autre voie n’est-elle pas possible dans le domaine de la santé, avec des modes de gestion innovants, des moyens mutualisés, des coopérations entre services, des liaisons électroniques permettant de traiter certaines affaires à distance, et même des hélicoptères pour les cas exceptionnels ? La solution n’existe sans doute pas aujourd’hui, car elle ne peut être que le fruit d’une volonté et d’un investissement comme le font certains industriels. Elle passe par une formation des personnels, et une réflexion sur les équipements. C’est une autre logique, qui privilégie la demande et non l’offre, qui exige que chacun accepte d’explorer des voies nouvelles, d’intégrer dans ses raisonnements les besoins des autres acteurs.

Le développement durable, c’est bien sûr faire les bons calculs, et c’est aussi refuser la solution unique[7], la fatalité d’une évolution acceptée sans au moins tenter autre chose. Le développement durable, c’est chercher le beurre et l’argent du beurre, la sécurité et l’efficacité d’un côté, et la proximité de l’autre.


Prochaine chronique : Négatif

NB : allez voir sur Pile (01/01/2008), il y a du nouveau !

[1] Kilomètres, chronique du 23/03/2006   et n°36 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[2] Offre, chronique du 10/12/2007

[3] Client, chronique du 02/11/2006 et n°14 dans Coup de shampoing

[4] Petit, chronique du 25/12/2006 et n°52 dans Coup de shampoing

[5] Risque, chronique du 26/06/2006 et n°64 dans Coup de shampoing

[6] Santé, chronique du 11/03/2006 et n°66 dans Coup de shampoing

[7] Unique (06/12/2007)

 

Publié dans developpement-durable

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