Requin

Publié le par Bidou

La sortie en salle du film Les seigneurs de la mer nous offrent l’occasion de traiter le mot Requin.

Le réchauffement climatique ne doit pas faire oublier d’autres périls qui menacent la planète. La question des océans tout aussi inquiétante, et d’ailleurs elle rejoint celle des émissions de gaz à effet de serre puisque les océans constituent un immense appareil à capter ces derniers, grâce au phytoplancton.

On parle souvent des coraux, surtout en cette année 2008 décrétée année internationale des massifs coralliens. Le sort de 500 millions de personnes dans le monde dépend de la bonne santé des coraux. Les récifs constituent une barrière naturelle efficace contre les tsunamis et les cyclones, elles offrent une forte productivité biologique et par suite de bonnes réserves de protéines pour les populations riveraines, sans parler du tourisme, activité économique majeure. Un tiers des coraux de notre belle planète aurait déjà disparu, et le réchauffement de 2° de la température de la planète condamnerait sans doute le reste. Car l’acidité des mers due à l'augmentation des émissions de CO2 est aussi coupable, aux côtés des pollutions de toutes natures, du blanchiment des coraux et de leur mort[1].

La richesse des océans, et surtout des rivages, ce sont aussi les mangroves, véritables forêts maritimes qui constituent à leur manière une réserve essentielle en matières premières (bois, fourrage, plantes médicinales), en biodiversité et en habitats naturels, et qui assurent une protection efficace contre l'érosion, les inondations ou encore les cyclones. Là encore, le tableau est sombre mais pas désespéré. Le cinquième des mangroves de la planète a disparu en une trentaine d’années, mais le rythme semble se ralentir, et on observe même des secteurs où la superficie des mangroves a augmenté, comme la Réserve forestière de Sundarbans au Bangladesh. Avec un effort, il est sans doute encore possible de retourner la situation.

Les coraux, les mangroves, et maintenant les requins. Ces pauvres bêtes sont, un peu comme le loup, victimes d’une réputation d’horribles prédateurs, alors qu’ils ne font que leur travail de régulateur des mers. Nés il y a plus de 400 millions d’années, ils en ont 300 pour trouver leur équilibre, car ils semblent ne pas avoir évolué depuis 100 millions d’années. Une valeur sure, pourrait-on penser, mais les choses évoluent rapidement.  De nombreuses espèces de requins sont aujourd’hui menacées. Personne ou presque ne vient à leur secours, alors que des pêches industrielles les ramassent accidentellement en grandes quantités. Le film Les Seigneurs de la mer montre par ailleurs comment les requins sont victimes de leurs ailerons, si appréciés en Asie. Ça rappelle cette fois-ci le rhinocéros et sa corne, ou encore l’éléphant et ses défenses.

Les populations de requins sont en diminution dramatique, allant dans le golfe du Mexique jusqu'à 99% pour une variété de requin sur une période de seulement 50 ans. La taille moyenne des requins pêchés en mer se réduit régulièrement, ce qui laisse penser qu’ils sont pêchés trop jeunes pouvoir se reproduire.

Tout ça est bien triste pour les requins mais aussi pour les êtres humains. Bien sûr, on ne peut nier qu’il ait quelques attaques, mais en très faible nombre, de l’ordre d’une soixantaine par an dans le monde entier. Rapportées aux accidents de la route, ça ne pèse pas lourd, d’autant que de notre côté,  nous en tuons plusieurs centaines de millions par an. Pourtant les requins sont fort utiles, ils nous rendent de fiers services. Tout d’abord ils font le ménage, et éliminent les proies les plus faibles, contribuant ainsi à la sélection naturelle et au recyclage des poissons blessés ou malades. Et on retrouve l’effet de serre : le requin, en haut de la pyramide, régule de proche en proche l’équilibre des espèces dans les océans. Le premier maillon de la chaîne alimentaire étant le phytoplancton, végétal marin qui absorbe en surface le gaz carbonique de l’air, les transformations de la pyramide fragilisent les mécanismes naturels et diminuent les capacités des océans à stocker le CO2. La disparition des prédateurs n’a jamais comme effet de libérer ses anciennes victimes. Elle détruit un équilibre complexe, avec des conséquences en chaîne souvent irréversibles. Protection de la faune et réchauffement climatique sont finalement bien entremêlés. Tuons moins de requins, laissons-leur leurs ailerons, et nous en tirerons un petit répit du côté de l’effet de serre. C’est ça, la magie du développement durable.


Prochaine chronique : Maternité 



[1] Selon le rapport intitulé ''Le statut des récifs coralliens des Caraïbes après le blanchiment et les ouragans de 2005'' présenté par l'UNESCO le 28 janvier 2008.

Publié dans developpement-durable

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