Parabole

Publié le par Bidou

Pour le lundi de Paques, un mot de circonstance : Parabole !

 

La parabole, c’est la mondialisation. Répandue sur nos toits et nos balcons, elle symbolise l’universalité de la communication. Chacun peut, ou que ce soit dans le monde, entrer en communication avec un autre, écouter et voir d’autres personnes, participer à des communautés totalement éclatées géographiquement mais bien soudées par des messages et une culture partagés. Grâce à la parabole, s’est constitué le village mondial. Disons plutôt les villages mondiaux, composés de personnes reliées par un domaine d’intérêt, mais situés à des milliers de kilomètres les uns des autres. Le mot village est sympathique, mais la multiplication[1] des paraboles est bien dommage pour nos paysages[2], bien enlaidis par ces prothèses[3] qui pullulent sur nos immeubles. La parabole est aussi ambiguë côté culture. L’éclatement fréquent des spectateurs, leur isolement, leur éloignement les uns des autres, les rend vulnérables. La magie de la télévision, la force de l’image, l’attraction ou même la fascination que peut exercer une forte personnalité à l’écran, ne trouve pas de modération. La communication à sens unique est d’autant plus un problème que l’émetteur du message est inaccessible.

En géométrie, la parabole évoque une courbe qui colle à sa base, et qui décolle progressivement et grimpe de plus en plus vite. C’est la progression géométrique, et on se souvient de la présentation de Malthus, avec la courbe des richesses disponibles qui suit une progression linéaire, tandis que celle de la population suit cette progression géométrique. Une ligne droite d’un côté, une parabole de l’autre. Au début, tout va bien,  la droite monte plus vite que la parabole, et tout le monde est content, et puis, un beau jour, la droite est rattrapée, la parabole la coupe et s’envole. C’est alors la catastrophe, la machine s’emballe, la population ne parvient pas à maintenir son niveau de consommation, faute d’avoir su enrayer sa propre progression. C’est la dure loi de la parabole. La population alors retombe brutalement, et se retrouve parfois à des niveaux très bas. La fameuse peste noire de la fin du moyen âge a ainsi fait retomber la population européenne d’un quart ou d’un tiers…

On retrouve ce phénomène dans d’autres cas, quand, par exemple, on protège une population de cerfs et de chevreuils dans une forêt, en en supprimant les prédateurs. Au lieu d’augmenter le nombre d’animaux, en se gardant le gibier pour les chasseurs humains, c’est le résultat inverse qui s’est trouvé : le surpâturage des bois par les cerfs et les chevreuils a entraîné un appauvrissement du milieu, qui n’a plus pu supporter une population aussi nombreuse qu’avant. Le prédateur n’est pas un concurrent, mais un régulateur bien utile !

L’image de la parabole, illustrant la progression géométrique chère à Malthus, peut être inversée. Le progrès des idées, des techniques, est aussi de type géométrique. La prise de conscience des dangers de l’effet de serre est lente au départ, elle se répand difficilement, ses relais sont peu nombreux. Et puis, petit à petit le message passe mieux, et tout s’accélère. La question devient la comparaison de deux courbes, toutes les deux paraboliques, celle des prélèvements, des rejets, des dégradations que connaît notre planète, et celle de notre réveil, des changements d’attitude qui s’imposent, de l’éclosion et de la diffusion de nouveaux modèles de comportement, avec les organisations sociales, économiques adaptées à ces nouvelle donnes, et des techniques pour aller avec. L’inertie des comportements et des modèles de société est immense, mais les forces de mouvement sont aussi commandées par des modèles culturels très puissants. Faisons en sorte que la parabole du changement aille plus vite que celle des dégradations, qu’elle comble le retard et la rattrape. Le moteur du changement doit être plus puissant que celui qui alourdit notre empreinte écologique. Pour le matheux, c’est une histoire de dérivées[4] secondes, à laquelle il faut se consacrer d’urgence.

Une parabole, c’est aussi une manière de parler, un peu comme les fables. Une manière de rendre plus palpables des discours d’ordre général, de les rendre concrets et compréhensibles, avec une morale à la fin comme conclusion de la parabole ou de la fable. Un détour qui conduit à un point d’arrivée qui en devient évident. C’est une manière de diffuser des idées, qui a fait ses preuves de multiples manières. C’est une technique de communication, exploitée sans vergogne dans ce blog.


Prochaine chronique : Bon sens

[1] Multiplication, chronique du 30/11/2006

[2] Paysage  chronique du 16/04/2007

[3] Prothèse, chronique du 17/10/2006 n°59 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

 

[4] Dérivée (18/10/2007)

 

Publié dans developpement-durable

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