Points

Publié le par Bidou

On parle souvent des permis  à points. Ce sont des points qui vous sont donnés, dont le nombre maximum ne peut s’accroître, mais qui peuvent vous être retirés si vous n’êtes pas sage. C’est le contraire du bon point, parfois associé à une image, qui vous était donné en classe, quand vous étiez bon élève, ou que vous rendiez service à la maîtresse. Le permis à point est comme un capital qui ne peut fructifier, mais qui peut fondre si vous n’y prenez pas garde. On peut juste récupérer des points en retournant en classe, ce qui n’est déjà pas mal puisque le permis consacre un ensemble de compétences, de connaissances, et la capacité à respecter quelques règles comme le code de la route. Si cet ensemble s’érode,  si la routine ou au contraire le besoin de se distinguer vous entraîne à le négliger, votre capital « bon conducteur » diminue, et votre nombre de points avec.

Il y a bien d’autres manières d’utiliser les points. Une autre formule, plutôt que de vous les retirer, est de vous en donner pour vous permettre d’acquérir une distinction. Chaque bonne action vous vaut des points, et l’accumulation de points donne droit à un diplôme. Cette manière de procéder a un grand mérite. Elle est simple. Chacun voit clairement où chercher des points, quels domaines doivent être étudiés, et comment marquer des points dans chacun de ces domaines. Ce système est courant dans des universités, où l’étudiant accumule des unités de valeur, par exemple, pour obtenir un diplôme. Une des conditions à remplir est que cette accumulation doit avoir un sens, ce qui n’est pas toujours le cas. Il ne faut pas que ce soit un ramassis de bric et de broc, légitimement acquis mais sans cohérence d’ensemble. Chaque élément est évalué, mais leur assemblage n’est pas noté. Il faut donc veiller à encadrer le choix des domaines où les points se collectent, de manière à éviter une dispersion, un éclatement qui ferait perdre tout intérêt à la démarche.

Dans certains pays d’Europe du Nord, c’est le permis de construire qui est à points. Pour l’obtenir, il faut accumuler des notes par type de qualité attendue, comme la thermique et l’acoustique. C’est le choix qui a été fait en France pour attribuer un certificat de haute qualité environnementale [1](HQE) aux maisons individuelles. Il y a bien sûr un socle, un niveau de performance à obtenir dans chaque discipline, qui permet d’ores et déjà d’attribuer au projet une note supérieure à ce que donnerait le strict respect de la réglementation. Cela ne suffit pas. Il faut aussi accumuler des points, en adoptant des solutions telles que la récupération d’eau de pluie ou le recours aux énergies renouvelables. Chacune de ces options donne des points et il faut en recueillir un nombre minimum, mais le propriétaire de la maison garde la liberté de choisir les éléments écologiques qui lui conviennent, dans sa situation à lui, dans le contexte d’implantation où il se trouve. L’avantage est bien que chaque option est bien visible, immédiatement compréhensible par tout le monde. Quand il s’agit de « tirer vers le haut » des centaines de milliers d’opérations diffuses, cet avantage est déterminant, même si la cohérence de l’ensemble n’est pas toujours garantie.
Un autre choix a été fait pour les opérations plus importantes, celles dont la dimension justifie le recours à des équipes de conception plus étoffées que pour la maison individuelle. C’est la cohérence de l’ensemble qui est privilégiée, la pertinence de la conception globale pour parvenir au meilleur profil environnemental possible. Le management du projet, à commencer par la qualité du programme, associé à une projection sur l’avenir du bâtiment et la manière dont il va vivre au quotidien, sont au cœur du mode de certification de ces immeubles qui mobilisent des compétences plus larges, pour lesquelles un niveau d’abstraction n’est pas un obstacle. C’est la différence entre le système français et la plupart des systèmes de certification tels que BREEAM et LEED, mis en place par nos amis britannique et américains.

Le certificat à points est bien commode, et leur accumulation permet même de donner une note globale, une moyenne comme celle que vous avez obtenue au baccalauréat. On peut y greffer des mentions, passable à très bien. Mais ce certificat ne vous dit pas si les choix sont pertinents, si leur assemblage est le meilleur possible, ce qui est dommage quand il s’agit d’une opération importante.

Le développement durable est un pari sur l’intelligence. Il faut adapter les moyens aux circonstances, et notamment les dispositifs d’évaluation dont nous avons grand besoin pour être sûrs d’aller dans la bonne direction. Le même principe peut trouver des applications différentes, comme nous l’a dit Sun Tzu[2] il y 2500 ans. Le système des points est simple, et cette simplicité est à la fois sa force et sa faiblesse. Utilisons le pour évaluer la grande masse des projets, des petits projets dont le grand nombre rend impossible l’usage de techniques sophistiquées, mais pourquoi se priver de ces dernières pour les gros projets, dont les enjeux sont lourds, qui marquent durablement un paysage. Tout ressemble à un clou pour qui ne possède qu’un marteau[3]. Heureusement, nous n’avons pas que des points pour évaluer des projets complexes.

Prochaine chronique : Ergonomie



[1] HQE, chronique du 08/11/2007

 

[2] Chaque jour, chaque occasion, chaque circonstance demande une application particulière des mêmes principes, Sun Tzun, L’art de la guerre, article VIII

[3] If the only tool you have is a hammer, you tend to see every problem as a nail, Abraham Maslow

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