Défis

Publié le par Bidou

La vie moderne n’est qu’une suite de défis, c’est bien connu. Choisissons en un, pour voir comment le relever dans l’esprit du développement durable. En matière de logements, nous avons trois défis à relever simultanément : La quantité, l’économie de ressources, et l’exigence accrue de confort et de sécurité. Une équation à trois dimensions, qui nous rappelle les trois volets du développement durable, économique, environnemental et social, et qu’il nous faut résoudre au plus vite. Construire 500 000 logements par an, plus tous les équipements et locaux d’activité qui vont avec, constitue déjà un beau défi. Il nous faut en plus penser à l’avenir, et économiser les ressources, matériaux, énergie, eau, ce qui aura en plus l’avantage de nous permettre de maîtriser les rejets de toutes natures, notamment de gaz à effet de serre. Ajoutez à cela à une attente toujours plus exigeante de nos concitoyens de plus d’espace, de confort, de garanties pour leur santé. Le tout dans un contexte économique morose, dans une France qui ne parvient pas à libérer sa croissance. Une belle équation à résoudre, en y intégrant au passage l’amélioration des millions de bâtiments existants.

L’esprit cartésien qui nous caractérise nous conduirait aisément à séparer ces trois objectifs, à les prendre comme Horace procéda avec les Curiace. Quand tout le monde sera logé, il sera temps de s’intéresser à l’effet de serre, et ensuite, enfin, d’offrir plus de calme et de lumière, de lutter contre les moisissures, les COV et autres acariens. Vous aurez bien sûr compris que ce serait la pire des approches. La seule solution est de relever les trois défis ensemble, et de trouver une réponse qui satisfasse aux trois exigences à la fois. Retournons la manière de poser le problème, et voyons si ces défis ne constituent pas une chance pour le bâtiment, une opportunité  de franchir une étape décisive dans la modernisation de ce secteur.

Courir plusieurs lièvres[1] à la fois ajoute une dose de complexité, mais permet de combiner des moyens, et reporte la pression sur le management des opérations, sur la recherche et la technicité, sur le talent des concepteurs, des entreprises et des industriels. C’est l’intelligence des acteurs qui est sollicitée pour réaliser l’exploit d’apporter une réponse à la fois massive et économe en ressources. Le savoir faire et la compétence à la place de pétrole et de matières premières. Cette évolution, inéluctable, doit être accompagnée par celle des instruments administratifs et financiers, qui doivent mieux intégrer la durée et reconnaître la qualité. Avec la même part du budget d’un ménage, il est aujourd’hui possible d’offrir un logement plus écologique, plus confortable, plus sûr, mais avec une structure de dépenses différente, qui doit être intégrée dans nos modalités de financement. L’adage ça coûte cher d’être pauvre est particulièrement pertinent pour le logement, et il n’y aura pas de solution sans casser cette spirale infernale. Il y a sûrement là une piste pour libérer la croissance.

Mobiliser des moyens complémentaires permet de financer des travaux dont le rendement est diffus. C’est particulièrement le cas pour ceux qui améliorent la santé[2] et la qualité de vie, mais sans provoquer d’économies immédiates et mesurables. La lutte contre le bruit en offre une parfaite illustration. Première nuisance ressentie par les français, elle coûte des milliards d’euros chaque année, sans bénéficier d’un financement spécifique, à l’exception des logements soumis à des niveaux sonores très élevés, à proximité des aéroports et des grands axes routiers ou ferroviaires. Mais l’insonorisation, même dans ces secteurs, est trop lente, et il y a tous les autres logements où le bruit, sans être une atteinte directe à la santé, constitue une véritable nuisance. Le défi de l’effet de serre peut-il être mis à profit pour traiter aussi la question du bruit ? Tout le parc existant doit être revu dans l’optique du facteur 4, de la division par 4 des émissions de gaz à effet de serre, ce qui va entraîner un vaste programme d’isolation. Celle-ci peut être étendue à l’acoustique, mais pas sans un minimum de précautions, car les calories et les décibels n’obéissent pas aux mêmes lois, et il peut y avoir des solutions énergétiques contre performantes pour l’acoustique. Les grands programmes d’isolation thermique lancés dans les années 1970 pour faire face aux chocs pétroliers nous l’ont appris.  La lutte contre le bruit est un complément[3] à attendre, à un coût marginal, de la lutte contre le réchauffement climatique, mais pas sans une attention et une technicité complémentaires. D’autres wagons peuvent être attachés à la locomotive de l’amélioration thermique des bâtiments, comme la qualité de l’air intérieur. On pourrait même affirmer qu’ils doivent l’être, car un immeuble ayant fait l’objet d’une rénovation thermique ne fera pas l’objet d’un second chantier avant des années. La rénovation doit être globale.

Courir plusieurs lièvres à la fois, et s’organiser pour y parvenir, conjuguer des intelligences et combiner des moyens, voilà quelques pistes pour relever le triple défi du développement durable dans la construction.

Prochaine chronique : Points

 



[1] Lièvre, chronique du 03/06/2006

[2] Santé, chronique du 11/03/2006 et n°66 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com )

 

[3] Complément, chronique du 22/08/2006 et n°16 dans Coup de shampoing

 

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