ADN

Publié le par Bidou

ADN. Toute notre humanité se résume en un code, toute notre personnalité. Chacun de nous a son code à soi, et les 9 milliards d’êtres humains que nous serons en 2050 auront chacun le leur, et pas deux pareils ! L’acide désoxyribonucléique a vraiment beaucoup de vertus. Nous, les êtres humains, sommes très fiers de nos 26 517 (merci Wikipédia) gènes qui composent notre ADN : il faudrait 500 volumes de 800 pages chacun pour mettre sous forme d'une encyclopédie le contenu de l'ADN humaine. Restons modestes, d’une part parce que des organismes que nous croyons beaucoup plus rudimentaires, comme les amibes, peuvent en avoir 20 fois plus, et d’autre part parce que des animaux que nous ne plaçons pas au sommet de la pyramide de l’évolution, comme le rat ou le poulet, possèdent une bonne patrie de notre patrimoine génétique. Nous avons 88% de notre génome en commun avec les rongeurs et 60% avec le poulet. Le moindre cloporte se révèle ainsi un cousin éloigné.

Nous avons des cousins beaucoup plus proches. Ce sont les grands singes. Le taux de recouvrement de nos ADN est proche de 99%. Chacun, intuitivement, voit bien la grande similitude, mais encore faut-il qu’elle soit confirmée par l’observation scientifique, ce qui est le cas, et au-delà de nos espérances. Il ne s’agit pas que des caractéristiques physiques, à en croire la primatologue Jane Goodall[1], qui fait autorité en la matière. Ces grands singes ont, tout comme nous, une personnalité, ils expriment des sentiments. Ils ont toutes les qualités et tous les défauts des Hommes, de la compassion et l’altruisme le plus sincère à l’agressivité et au goût du pouvoir. Et Jane Goodall d’ajouter que si les Hommes ont une âme, les chimpanzés aussi[2]. Où est donc la différence, à quoi correspondent les petits 2% d’écart dans nos ADN ?

On a cru que les singes ne savaient pas se doter d’outils, qui prolongeraient leur corps et accroitraient leur capacité d’action. On sait aujourd’hui que ce n’est pas vrai. C’est ailleurs qu’il faut chercher la différence, dans le langage précisément nous dit Jane Goodall. Ils en ont un, bien sûr, mais rudimentaire, analogue à celui des gestes qu’il est d’ailleurs possible de leur apprendre. Leur langage ne leur permet que de réagir aux choses courantes, déjà connues. Ils n’ont pas de mots à combiner pour construire de véritables phrases, pour élaborer à plusieurs des concepts ou des projets différents de ce qu’ils ont déjà vécu. Pas d’innovation, pas de découverte possible, sauf peut-être grâce à des concours de circonstances qui restent exceptionnels. La richesse du langage, le nombre de mots, la capacité à provoquer des enchaînements logiques, de raconter des histoires, de décrire des paysages, et bien sûr en étant compris, voilà le propre de l’Homme. Ce n’est pas une différence de nature, mais de degré, qui permet d’entrer dans la complexité, d’en comprendre les mécanismes et de tenter de les maîtriser. Pas de progrès sans la possibilité de conceptualiser, de prendre de la distance[3], du recul par rapport à sa propre identité, de manière à y incorporer des apports extérieurs. Cette capacité est avant tout d’ordre social, même si elle est inscrite dans le patrimoine génétique de chacun. On l’a vu à Babylone, ou plutôt à Babel, ou la construction de la tour est rendue impossible par l’absence de communication entre des hommes qui, chacun, avaient leur langage. Un langage commun, une aptitude à échanger des informations, des idées, à se confronter dans le monde virtuel des mots avant de passer aux actes, voilà une des conditions du développement. L’humanité est dotée de cette qualité, qui lui a suffi jusqu’à présent, mais qu’il est nécessaire d’enrichir pour que ce développement soit durable. Les limites de la planète ne figurent sans doute pas dans notre code génétique. Depuis Lucy,  ou bien Adam et Eve si vous préférez, l’immensité de la planète a forgé nos esprits. Il a fallu de nombreux millénaires pour qu’un homme, Paul Valéry en l’occurrence, puisse affirmer que « le temps du monde fini commence », et il n’est pas certains que son message ait été entendu. Ce n’est pas dans notre ADN, mais il faudrait bien que ce soit dans nos têtes.

Prochaine chronique : Frein

[2] Au cours de la conférence qu’elle a donnée au Conseil régional d’Ile-de-France le 1er février 2008

[3] Distance, chronique du 04/02/2008

 

Publié dans developpement-durable

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