Utile

Publié le par Bidou

La société de consommation nous a bercés dans une illusion de l’abondance[1]. La consommation étant par ailleurs un des principaux moteurs de la croissance, on était peu regardant sur l’intérêt de cette consommation, son utilité, et entre deux manières de satisfaire un besoin, celle qui provoquait le plus de consommation était privilégiée. Souvenez-vous la grande époque du chauffage électrique, l’arrachage des rails de tramways dans nos villes, pour ne reprendre que deux classiques du genre. La consommation à tout prix, voilà la règle. Le résultat en est bien sûr le gaspillage, et un état d’esprit un peu frivole, ce qui est sympathique, mais qui pousse aussi à se laisser séduire un peu vite par les sirènes de tous ceux qui n’ont pour objectif que de vendre pour vendre. L’utile est ainsi devenu vulgaire.

Le prix[2] reflète la tension qui existe sur un produit. Il est bien connu que ce qui est rare est cher ! Le prix de l’énergie a longtemps été faible, ce qui a entraîné de mauvaises habitudes, qui se corrigent quand même assez vite quand le contexte l’exige, mais aussi de mauvais choix sur l’organisation des villes, des territoires, des modes de production, ce qui est beaucoup plus compliqué à corriger. Les budgets rondelets qui vont être alloués pour la modernisation des flottes de pêche illustrent bien la difficulté de l’exercice.

Nous sortons donc, depuis deux ans, d’une période heureuse où l’énergie n’était pas chère. Chacun a ainsi pu privilégier d’autres valeurs, comme le prestige, le confort, la séduction, et c’est bien normal. Les épreuves commencent avec la montée du prix de l’énergie. Au début, on courbe l’échine, on retient son souffle, en espérant que ça ne durera pas, comme les fois précédentes. Et puis il faut s’y faire, le problème perdure, il faut bien le prendre à bras le corps. On s’aperçoit alors de l’ampleur de la dérive, surtout quand il s’agit d’un bien essentiel, comme l’énergie.

Il y l’énergie que l’on extrait de la terre ou que l’on capte d’une manière ou d’une autre dans la nature : vent, soleil, bois, etc. C’est l’énergie primaire. Cette énergie est transformée et conduite chez vous sous une forme facile d’emploi. Les spécialistes l’appellent l’énergie finale. Ce n’est pas tout à fait le terme juste, car celle-ci a un rendement, avec quelques lois physiques qui s’appliquent, comme le principe de Carnot. On a donc une dernière forme de l’énergie, celle qui rend effectivement service, et on l’appelle énergie utile.

Nous sommes en présence d’une pyramide, avec un large socle constitué d’énergie primaire, extraite de la nature, un premier étage pour l’énergie finale, qui vous est livrée chez vous, et un sommet représentant l’énergie vraiment utile. En temps de pénurie, vous pensez bien que l’on fait attention. Il faut éviter toute perte en ligne, et adopter les techniques et les organisations offrant le meilleur rendement. A l’inverse, si l’énergie primaire n’est pas chère, pourquoi s’embarrasser ? L’énergie devient une variable d’ajustement, bien d’autres préoccupations la font oublier. D’autant que les méfaits des émissions des gaz à effet de serre n’étaient pas connus. On avait bien le souci le la pollution de proximité, celle des oxydes de souffre et d’azote, des poussières, mais leurs conséquences sont diffuses, parfois lointaines, et sans incidence économique directe.

Retournement de situation, depuis que le prix du pétrole s’est envolé, et qu’il résiste à des hauteurs significatives, de l’ordre de 100 $ aujourd’hui. Mais le rendement global ne notre système énergétique s’est dégradé ! Les chiffres de 2006 sont éloquents. Ils nous sont présentés par Didier Lenoir dans son livre fort bien documenté Energie, changeons de cap ![3]. Entre l’énergie primaire et l’énergie finale, on enregistre une première perte de 41%. Le rendement de vos matériels, chez vous, avec les fameuses veilleuses qui se multiplient, est d’à peine plus de 50% : 54% seulement. Au total, de l’extraction à l’utilité réelle, ce sont les deux tiers de l’énergie qui se dissipent, essentiellement en chaleur. Pas de quoi se vanter.

Le concept d’utile est parfois réducteur. En agriculture, on parle de surface agricole utile, ce qui laisse penser que le reste est inutile. C’est ignorer la force et l’intérêt des phénomènes naturels, et on a vu que les apports gratuits[4] tenait un rôle clé dans la production totale que nous exploitons. Mais à l’heure où il faut rechercher la performance, du type facteur 4, c'est-à-dire diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre, il est nécessaire de revenir aux fondamentaux : Le développement durable, c’est évidement joindre l’utile et l’agréable.

Prochaine chronique : Distance



[1] Voir la chronique Abondance, du 19/03/2007

[2] Chronique Prix, du 26/02/2007

 

[3] Didier Lenoir, Energie, changeons de cap, scénario pour une France durable, Terre vivante, 2007

[4] Gratuit, chronique du 30/04/2007

 

Publié dans developpement-durable

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