Record

Publié le par Bidou

Jules Vernes serait bien étonné : le tour du monde en moins de 60 jours ! Et on s’interroge sur l’objectif de moins de 50 jours. C’est formidable. Ajoutez à cela la modestie du recordman, Francis Joyon, qui attribue au bateau l’essentiel de son succès. Sans minimiser les mérites du navigateur, la technique est sûrement pour une bonne part de l’exploit, on l’admet bien volontiers. La géométrie du trimaran, les matériaux qui le composent, avec leur souplesse et leur solidité, leur texture, leur poids, sans parler du mât et des voiles et bien sûr de l’électronique : que de technique incorporée dans un bateau moderne, produit d’une bonne dose de recherche. Les records de vitesse[1] témoignent de ces travaux et des progrès[2] techniques qui en résultent. Les records sont la partie visible d’un iceberg, ou la figure de proue d’un navire, selon l’image que vous préférez. Et pourtant, il est difficile de prendre toute la mesure de ce que représentent ces progrès, de comprendre la portée de ces avancées techniques. On  ne nous en parle à peine. Seule la performance sportive semble jolie, elle force l’admiration. Elle finit par masquer la performance technique, et par ressembler, comme l’alpiniste, à la conquête de l’inutile. Il est vrai que ces records créent de l’émotion, et c’est déjà beaucoup. Une dose de pédagogie et de sensibilisation au réchauffement climatique, ça ne fait pas de mal en passant, mais tous les voyageurs réguliers dans les mers australes peuvent en dire autant, sans avoir à battre des records. Ceux-ci devraient aussi être le moyen de populariser d’autres enjeux, ceux qui se cachent derrière les techniques mises en œuvre pour l’exploit. Quelles retombées peut-on en attendre ? Les records s’établissent souvent sur la vitesse. Pourquoi la vitesse ? Pourquoi en solitaire ? N’y a-t-il pas d’autres exploits à accomplir que d’aller plus vite ? La vitesse n’est-elle là que pour fixer un challenge, pour mettre à l’épreuve des qualités, dans des conditions extrêmes ? Il existe d’autres défis, d’autres performances plus en rapport avec les problèmes de notre temps. La voile, exploitation pure et évidente de la force du vent, est à ce titre une excellente occasion d’en parler. Mais faut-il en parler avec la vitesse comme référence, au moment où les pêcheurs crèvent de leur dépendance au pétrole ? Il y a sans doute d’autres challenges à transformer en records, sur la mer et avec des voiles. Peut-on imaginer des chalutiers à voile ? Pas exclusivement à  voile, avec un moteur, mais moins puissant et moins gourmand grâce à une nouvelle conception du bateau, comme l’ont été les dundées au début du siècle dernier. Une voile pourrait permettre, quand le temps est favorable, de couper le moteur et de faire de sensibles économies de carburant, comme un chauffe-eau solaire qui ne fournit pas toute l’eau chaude toute l’année, mais permet quand même d’économiser la moitié de la facture en moyenne sur l’année. Il y a aussi les marchandises. Le volume des produits transporté sur la mer est énorme, et ne cesse de s’accroître, avec les échanges internationaux. A la tonne, il est vrai que ce moyen de transport est peu gourmand en énergie, mais comme il y a beaucoup de tonnes, ça finit par compter. Alain Colas, recordman en 1974 avec son bateau Manureva, s’était intéressé aux gros bateaux, qui pourraient devenir utilitaires, comme son quatre-mâts Club Méditerranée. L’exploit aujourd’hui, c’est peut-être de transporter des milliers de tonnes sur les milliers de miles marins avec quelques litres de fuel, juste pour manœuvrer dans les situations délicates. En prime, cette technique éviterait de surcroit les dégazages, qui continuent à faire très mal au monde marin et aux côtes. On nous vante souvent des produits issus de la recherche spatiale, et il y a en surement autant au crédit de la course en mer, qui draine des moyens grâce au sponsoring, et  permet ainsi des recherches inédites. Les records de vitesse ont sans doute des effets secondaires qui débordent largement la plaisance et le monde de la mer. Tant mieux. Merci à Francis Joyon et aux navigateurs de l’émotion qu’ils nous procurent. Je ne connais pas le bilan carbone de leurs exploits, mais gageons qu’il n’est pas lourd, et que ce plaisir illustre bien le monde de demain, du bonheur sans effet de serre. 

Prochaine chronique : Utile


[1] Vitesse, chronique du 16/11/2006 et n°80 dans Coup de shampoing sur le développement durable, Ibis Press, 2007.

[2] Progrès, 02/10/2006

 

Publié dans developpement-durable

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khalam 29/01/2008 21:22

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