Étalement

Publié le par Bidou

Nous ne nous intéresserons pas ici au sens premier de l’étalement, qui nous conduirait au théorème de la tartine beurrée ou à une malencontreuse chute de vélo. Parlons de l’étalement au sens plus social du terme, plus conceptuel que physique. L’étalement prend une connotation différente, selon qu’il s’agisse des horaires ou des vacances, ou des extensions urbaines. Etale dans le temps est bien vu, dans l’espace beaucoup moins bien. Il faut quand même reconnaître que nous demandons de plus en plus d’espace. La composition des familles, nos exigences de confort et d’espace poussent à la consommation de mètres carrés. On parle de desserrement. Et la nature est perçue par beaucoup comme le meilleur argument de vente de la maison individuelle, celle qui permet d’avoir un jardin, et d’entendre les oiseaux le matin. Alors on s’étale. Les villes ne peuvent accueillir de populations nouvelles, et leurs enfants, quand ils arrivent à l’âge où ils veulent s’installer, vont à la campagne, surtout quand ils commencent à avoir des enfants.

Cet étalement inquiète le monde de l’environnement. Il y a bien sûr de l’espace qui est consommé, prélevé sur d’anciennes terres agricoles, ou des bois. Il y a les nombreuses routes à construire ou à agrandir pour desservir tout ce petit monde, avec les tonnes de pétrole qu’il faudra consommer dans les voitures pour aller faire ses courses, conduire les enfants au sport, et bien sûr pour aller au travail. Les pavillons consomment en outre plus d’énergie pour se chauffer qu’un appartement équivalent. Tout faux la maison individuelle, pourrait-on croire, et c’est bien embêtant, car elle reste le rêve d’une large majorité de nos concitoyens. Comment faire pour sortir de cette contradiction ? On ne va pas forcer les gens à vivre dans des barres et des tours !

Il n’y a pas de corrélation automatique entre le type d’habitat et les dégradations que l’on peut craindre pour l’environnement. Les jardins des particuliers peuvent être plus riches en termes biologiques que des champs cultivés. La maison « à énergie positive » est plutôt une maison individuelle, et chacun sent que les énergies diffuses sont plus faciles à mobiliser et à utiliser à la campagne qu’en haut de buildings de quinze étages.  Pareil pour l’eau de pluie, que je peux récupérer et réutiliser plus facilement à la campagne. Reste les transports et le recours presqu’automatique à la voiture quand on quitte la ville.  Oui, mais on reste plus souvent dans son jardin, et si on fait le calcul pour l'ensemble des mouvements, au-delà des déplacements domicile-travail, la maison individuelle n’est pas si productrice de transports qu’une première analyse pourrait le faire penser.

La maison individuelle peut être dramatique pour l’environnement, mais ce n’est pas une fatalité. Au lieu de condamner cette manière de vivre que beaucoup ont choisi, il vaut mieux s’intéresser à la manière de concevoir ces extensions de nos villes et de nos villages. Peut-on en faire des modèles pour l’écologie et le développement durable ?

On voit actuellement se multiplier des lotissements alternatifs et aitres ZAC écologiques. Ce ne sont pas des maisons isolées, loin de tout avec les problèmes sociaux et écologiques que l’on peut craindre. Ce sont quand même pour l’essentiel des maisons individuelles, avec jardin mais construites sur un parcellaire économe en espace, préservant des zones humides et un peu de vie sauvage. Avec un peu de génie écologique, on vous épure votre eau. L’orientation des maisons est étudiée pour qu’elles puissent accueillir des capteurs solaires dans les meilleures conditions. On retrouve en définitive l’esprit des villages anciens, économes, repliés sur eux-mêmes pour se protéger des vents, mais où chacun disposait de son jardin. Adoptez bien sûr des modes de construction écologique, de type HQE[1], et vous aurez tout ce qu’il faut pour vivre durablement pourrait-on dire. Mais la maison ne fait pas tout ! si vous utilisez votre jardin pour cultiver vos tomates sans engrais ni pesticide, en utilisant habilement les produits d’un compost que vous alimentez avec les épluchures de votre repas dominical, vous aurez une bien meilleure note que si vous tondez chaque semaine un gazon que vous arrosez en permanence, surtout quand il fait chaud et sec, en y mettant en outre une bonne dose d’engrais pour l’avoir bien vert. Ce n’est pas la maison qui est durable, mais le genre de vie que l’on y mène. La maison doit juste vous faciliter les choses, ce qui est déjà pas mal.

Le raisonnement symétrique est aussi à mener. Si je reste en ville, comment garder un lien avec la nature, comment y préserver le la richesse biologique, un paysage attractif, des relations avec des maraîchers des environs ? Pour  maîtriser l’étalement urbain, nous avons vu que l’on pouvait concevoir des quartiers de campagne plus écologique que la nature ordinaire, et où il fait bon vivre. Ce sont des petits bouts de ville à la campagne, pour reprendre la phrase célèbre d’Alphonse Allais. Il faudrait aussi apprendre à faire de la campagne à la ville. Ca rendrait les villes plus attractives, et en particulier les quartiers récents, et les quartiers tout court, ceux de la politique de la ville, qui auraient bien besoin de nature. Pour maîtriser l’étalement urbain dans les campagnes, vive l’étalement rural dans les villes !

Prochaine chronique : Utile

 



[1] HQE, chronique du 08/11/2007

 

Publié dans developpement-durable

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