Soldes

Publié le par Bidou

Une curiosité grammaticale. Un mot qui change de sens selon qu’il est pluriel ou singulier, masculin ou féminin.

Au pluriel, le mot Soldes n’a pas le même sens qu’au singulier. Au singulier, il veut dire rémunération, appointement, salaire d’une peine. C’est notamment la solde des militaires qui a donné le mot soldat, avec ces célèbres demi-soldes,  dont la réputation n’est pas fameuse. Une solde singulière renvoie donc à un revenu, alors qu’au pluriel il veut dire dépenses, même si ces dépenses font faire des économies… du moins en théorie. Dans mon petit Larousse, qui date des années 1950, il n’y a que le singulier, signe que les temps ont changé depuis, une époque où les stocks ne justifiaient pas de susciter une fièvre acheteuse comme aujourd’hui. Les soldes sont bien sûr anciennes, mais n’avaient pas pris la même importance. On parlait plutôt de braderie, où étaient mélangés l’écoulement de stock en surplus et la vente de matériel d’occasion. Il y avait des foires et celles-ci contribuaient pour un bonne part au recyclage et au réemploi de produits qui n’ont pas encore fait leur temps. Les  salles des ventes organisaient début décembre des ventes où chacun revendait des jouets, vêtements et vélos des premiers âges pour racheter ceux de l’âge au-dessus. E bay a remplacé cette vieille pratique, et Internet donne une nouvelle jeunesse au troc et à l’occasion. Il y a aussi les petites annonces, les vide-greniers, et les ventes de charité pour ceux qui ne sont pas familiers avec le monde de l’informatique. Tout ça est bien utile pour le développement durable, quand il s’agit de donner plus d’usage à un produit donné, et donc d’en améliorer le rendement en termes de services rendus par la matière et le travail incorporé dans ce produit. Attention toutefois à l’acharnement, qui ne serait pas ici thérapeutique mais consumériste, et qui consisterait à faire durer un instrument plus qu’il n’est raisonnable, en dehors de ses limites d’efficacité et de sécurité. Le réemploi de produits est bon s’ils ne vieillissent pas, ou si leur technologie n’évolue pas. Si leurs successeurs sur les marchés sont plus performants, il vaut mieux renouveler, et recycler.

Revenons aux soldes, vente de produits neufs qui n’ont pas trouvé preneur à leur prix initial pendant la période normale de vente. C’est à l’évidence une méthode d’ajustement, pour assainir une situation avant de démarrer une nouvelle saison. Les produits en excédent trouvent ainsi des acquéreurs à des prix inférieurs aux prix courant, ce qui élargit la clientèle susceptible d’être intéressée. Cette purge périodique correspond à une nécessité fonctionnelle, et il faut se réjouir des aubaines qu’elle provoque.

La question est toute autre quand il s’agit d’utiliser les soldes pour créer des marchés parallèles toute l’année, ce que l’on appelle des soldes permanentes. Voici un extrait du billet publié sur ce sujet le 9 janvier dernier sur le blog TOUT ALLANT VERT[1] sous le titre “Commerce : Des soldes permanents ou récurrents ? Une bonne fausse idée” : Enfin sur l’objectif… qui est de faire augmenter la consommation et en conséquence le taux de croissance. On hallucine quelque part quand un gouvernement pousse ses citoyens à la consommation en générale (surtout de nature matérielle). De notre côté, nous pouvons tout à fait comprendre qu’il faut que la monnaie circule dans l’économie cependant si c’est dans l’objectif de faire toujours consommer plus chaque année sous objectif de faire monter le chiffre du PIB, cet exercice a des limites. N’en parlons pas même pas pour notre planète… croire en une croissance (telle que nos économistes l’ont défini) illimitée est utopique et catastrophique pour notre planète.

En tant qu’être humain, il arrive à un point où nous sommes satisfaits sur le plan matériel et souhaitons autre chose que des satisfactions d’ordre matériel alors en effet la consommation de biens matériels “illimitée”, nous n’y croyons pas du tout. Ce n’est pas simplement en faisant consommer plus nos chers concitoyens français que nous nous porterons mieux.

Les soldes périodiques pour ajuster les stocks, bonne idée, mais des soldes permanentes pour booster la consommation, le débat est ouvert ! Est-ce compatible avec l’innovation et le recherche de la qualité, est-ce même économiquement intéressant pour les plus démunis qui n’auraient ainsi accès qu’à une société de consommation de deuxième choix, avec des produits pas chers mais obsolètes, fragiles, et onéreux à l’usage ? Le dicton populaire nous rappelle que ça coûte cher d’être pauvre, il faut se méfier des fausses bonnes affaires.

Le mot solde présente d’autres particularités quand il change de sexe.

Au masculin, le  mot n’a pas le même sens qu’au féminin. Ce n’est plus un salaire, une rémunération, mais un écart, une différence, que l’on supprime en soldant un compte. Le bilan comptable de la planète ne se soldera pas par des écritures, mais en s’attaquant à la réalité matérielle : nous consommons chaque année plus que ce que la Terre ne peut produire aujourd’hui, et nous soldons le compte en prélevant sur le capital. Comme l’accroissement de la population mondiale et des besoins des nations émergentes vont accentuer la pression sur les besoins, la seule réponse semble bien de renforcer la capacité productive de la planète, alors que l’on s’ingénie à l’appauvrir en pompant ses ressources et en dégradant les milieux naturels. Un thème souvent abordé dans ce blog, avec les mots Hectare[2], Capital[3], ou Faillite[4].

Pour la réponse faisons fi des soldes : il faut aller encore beaucoup plus loin, sur la piste esquissée autour du mot Gratuit[5].

 
Prochaine chronique : Etalement

 



[1] http://blog.toutallantvert.com/

 [2] Hectare , chronique du 28/06/2006 et n°30 dans Coup de shampoing sur le développement durable (Editions Ibis Press)

[3] Capital (22/02/2007)

[4] Faillite (24/09/2007)

[5] Gratuit (30/04/2007)

 

Publié dans developpement-durable

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