Inflation

Publié le par Bidou

Un mot inquiétant, prononcé au seuil de l’année 2008, et qui ternit quelque peu les vœux[1] que nous nous échangeons. Cette année, les prix vont augmenter plus vite qu’il ne convient. La raison ? L’arrivée sur les marchés des pays émergents, dont la consommation d’énergie et de matières premières va fortement s’accroître. Nous allons être victimes de tensions sur les ressources au niveau mondial. La baguette de pain est directement concernée, chacun peut en être témoin. Le prix actuel du pétrole, il a dépassé les 100 $ le baril, tout comme la lutte contre le réchauffement climatique, conduisent à solliciter la biomasse pour nous fournir de l’énergie, ce qui se traduit par une hausse générale des denrées issues de l’agriculture. L’essence et le pain, produits indispensables aujourd’hui, même combat.

Cette perspective ne surprendra pas tous ceux qui n’ont pas oublié que l’économie, malgré le poids des secteurs des services et de l’industrie, reste fondée sur les entrants primaires, ceux que nous prélevons dans la nature[2] : produits extraits de puits, de mines ou de carrières, produits de l’exploitation des forêts et des océans, produits des diverses formes d’agriculture ou d’aquaculture. De l’eau douce aux métaux précieux, en passant par le blé et le pétrole, tous ces ingrédients sont fournis au départ par la nature. Une pression excessive sur ces ressources, et toute l’économie en est affectée. Elles ont longtemps été abondantes[3], et considérées comme inépuisables. Seules étaient prises en compte les tensions conjoncturelles, les crises régionales, les difficultés d’extraction, les retards éventuels dans les investissements nécessaires pour en tirer profit, du type capacité de raffinage.

La donne a changé ces dernières années. Autrefois immense, la planète est devenue petite, comme nous le rappelle Bertrand de Jouvenel depuis 30 ans[4]. Nous ne réglerons plus nos problèmes d’approvisionnement en allant un peu plus loin, ou un peu plus profond, chercher les ressources qui nous font défaut. Le risque est grand, dans ces conditions, de voir l’inflation entraîner des pressions sur les autres facteurs de production, dans l’espoir d’une maîtrise de l’ensemble. Les salaires en seront affectés, ainsi que les retraites, qui ne sont, faut-il le rappeler, que des salaires différés. La crise sur les ressources, de nature écologique, se répercutera sur la rémunération du travail, question de nature sociale. Economie, écologie, social, nous sommes bien dans une problématique de développement durable, avec des interférences fortes entre les trois dimensions qu’il serait bien imprudent et bien léger de traiter séparément. La discipline que le développement durable nous impose conduit à une approche du système dans son ensemble, et à dépasser les analyses strictement sociales, économiques, ou environnementales. Il n’est pas durable de sacrifier une dimension : la tension actuelle sur les ressources ne doit pas conduire à sacrifier le volet social, et réciproquement. Il ne faudrait pas que, pour maintenir un pouvoir d’achat[5] immédiat, nous acceptions de prélever des ressources au-delà de ce que la planète ne peut produire. Une tentation de ce genre, bien compréhensible, nous conduirait à taper dans le capital productif au lieu d’en améliorer l’efficacité, hypothéquant ainsi les capacités des générations futures à répondre à leurs besoins, pour reprendre la définition du développement durable donnée par le rapport Brundtland[6].

Il faut donc gagner sur les deux tableaux à la fois, le social et l’écologique. C’est le message du développement durable. L’économie doit permettre de faire progresser à la fois la qualité de vie de nos contemporains et le capital productif de la planète. La tension sur l’énergie nous donne une piste identifiée depuis longtemps, mais pas suffisamment explorée, celle de l’efficacité. Au lieu d’aller plus loin chercher de nouvelles ressources, utilisons mieux celles que nous avons. Si l’énergie est plus chère, faisons en sorte de mieux l’utiliser et d’en utiliser moins pour le même profit. Le bas prix des matières premières et de l’énergie ne nous ont pas incités à chercher à en améliorer le rendement. Les gisements d’économies sont nettement plus intéressants à exploiter que ceux que nous prospecterions pour trouver de nouvelles ressources. C’est dans le savoir faire, l’organisation sociale, la recherche scientifique et technique, c'est-à-dire un pari sur les ressources humaines, que sont les réponses, qui permettent de gagner pour l’environnement tout en assurant une croissance non prédatrice, non destructrice de valeurs humaines ou naturelles.

L’inflation nous guette. C’est le signe d’une faiblesse dans nos capacités d’anticipation. Nous n’avons pas su gagner en efficacité dans l’utilisation des ressources sensibles, celles sur lesquelles les tensions vont s’exacerber. Nous avons vu avec les pêcheurs en mer à quel point la dépendance[7] par rapport à une ressource comme le pétrole pouvait être fragilisante. Si on prend les poussées inflationnistes pour l’équivalent de poussées de fièvre, tâchons de soigner le malade et non la maladie, en agissant sur le corps social, son patrimoine et ses capacités productives et non uniquement sur cette dernière au détriment des deux autres. Cela ne ferait que retarder l’échéance, en l’aggravant.

Prochaine chronique : Hybride

 

 



[1] Voir la chronique  Vœux (07/01/2008)

[2] Voir à ce sujet la chronique Gratuit (30/04/2007)

[3] Voir la chronique Abondance (19/03/2007)

[4] Arcadie, essai sur le mieux vivre, SEDEIS, 1968

[5] Voir la chronique Achat (03/12/2007)

[6] Rapport Brundtland, Notre avenir à tous, Editions du fleuve, 1987

[7] Voir la chronique Dépendance (04/10/2007)

 

Publié dans developpement-durable

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