Identité

Publié le par Bidou

 Identité

Un terme à la mode, et l’histoire du drapeau français, brandi en pleine campagne électorale, comme la proposition de lui dédier un ministère, ont bien alimenté le débat, mais en l’instrumentalisant largement pour la conquête de nouveaux électeurs. C’est la loi du genre, mais certains n’ont pas manqué de faire remarquer que, si drapeau il y a, la bannière étoilée de l’Union européenne serait aussi la bienvenue. Alors, quelle est mon identité, nationale ou européenne ? Et que dire de ma région, pays d’Oc, Bretagne ou Alsace, sans oublier le Pays Basque ou les Flandres, et toutes les autres évidemment, qui a marqué ma culture et mon identité au moins autant que la République ? Et mon village, aussi. C’est très important, le village, mes racines, mes ancêtres au cimetière, les cousins, et mon école communale !

Nous avons chacun plusieurs identités, et c’est leur conjugaison qui fait notre personnalité. Demander de choisir est redoutable pour l’individu concerné, et constitue aussi un appauvrissement pour la collectivité. Dans son remarquable ouvrage « Identités meurtrières[1] », Amin Maalouf nous montre qu’il est impossible de choisir entre deux cultures que l’on porte en soi. L’une ne va pas sans l’autre.

Il ne sert pas à grand-chose de se contenter d’affirmer que l’idée même d’un choix, et donc d’un abandon, est doublement mauvaise. Il faut aussi tout faire pour  permettre une valorisation mutuelle de ces cultures, pour favoriser leur fécondation réciproque. Prenons l’histoire de France. Nous l’apprenons de manière unique sur tout le territoire, et parfois de manière caricaturale, comme la fameuse affaire de nos ancêtres les Gaulois, idiot outre-mer, mais aussi en métropole, car c’est privilégier, d’une manière qu’il serait bon d’analyser, une des nombreuses origines de nos concitoyens, où, à côté des Gaulois,  les Francs doivent peser aussi lourd que les Romains, que les Maures, les Goths, qu’ils soient Ostro ou Wisi, sans parler des Vandales et des Huns,  ou encore des Normands, pour rester sur les arrivées anciennes, auxquelles il faudrait ajouter les apports plus récents, européens, asiatiques, africains. Bref, un mélange savant, pour un pays qui constitue l’extrémité occidentale du continent européen, un bout du monde, une fin des terres. Cette diversité d’origines des hommes trouve d’ailleurs son pendant dans celles des autres espèces vivantes, animales ou végétales, avec des espèces inféodées aux influences océaniques, méditerranéennes, continentales, et Nordiques. La France est d’une richesse biologique exceptionnelle, à la frontière entre toutes ces influences. Revenons à sa population, et à sa culture composite, avec ses apports anciens ou récents, assimilés[2] progressivement. La question n’est pas de choisir, mais de valoriser cette diversité, d’en faire une richesse. Pas par principe, mais tout simplement pour disposer du maximum d’atouts pour relever les défis qui nous attendent, pour aborder l’ère du développement durable dans de bonnes conditions.

La vie culturelle nous donne un exemple frappant de ce nécessaire dépassement : L’histoire de Don Carlos, prince espagnol, écrite par un allemand Friedrich Schiller, reprise en opéra par un italien, Giuseppe Verdi, pour une création à l’Opéra de Paris, est le fruit de cette conjugaison de talents. A cette époque, en 1867, la question de l’identité n’était sans doute pas vécue comme aujourd’hui…

Les grands phénomènes transcendent les frontières : la civilisation romaine, les barbares, le christianisme, la réforme, Gutenberg, les grandes invasions et les mouvements migratoires, le peuplement de l’Europe, les banquiers lombards, les siècle des lumières et l’onde de choc de la révolution française, la révolution industrielle et les aventures coloniales, et plus récemment le nazisme et le totalitarisme, tous ces évènements ne se sont pas réalisés dans le cadre étroit de frontières nationales, mais sur un continent, parcourus de courants de pensée, de crises, de flux économiques.

Il faut dépasser la vision nationale de l’apprentissage de l’histoire. Elle est réductrice, et porteuse par nature de multiples biais, qui entraînent incompréhension mutuelle, malentendus, méfiances. Au delà de l’histoire de chaque communauté nationale, l’apprentissage de l’histoire d’Europe établie en tant que telle et non à partir d’une approche nationale, apportera le recul nécessaire pour la compréhension de chaque histoire nationale ou régionale. Elle permet de mieux comprendre ce qui unit les européens, d’accepter la diversité de leurs origines, de faire le bilan de millénaires de confrontations, de mariages, d’échanges. Elle prépare à affronter les vents nouveaux qui se lèvent, réchauffement climatique, appauvrissement du patrimoine vivant de l’humanité, la richesse biologique de la planète, l’épuisement de nos ressources exploitées sans ménagement, et les conflits qui pourraient naître d’une fuite généralisée en avant.

L’identité, oui, nous en avons besoin, mais jouons la riche et diversifiée, sans en imposer une toute faite, prête à porter, alors que c’est dans le processus même de création de son identité que chacun se forge sa personnalité.

 Prochaine chronique : Paysage

 


[1] Identités meurtrières, Grasset, 1999

[2] Voir Assimiler, chronique du 15 février 2007

Publié dans developpement-durable

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